Présentation du roman MEMOIRES DE DEUX JEUNES MARIEES
Présentation de l’oeuvre : Mémoires de deux jeunes mariées de Balzac
I-Eléments à retenir sur le roman
1841 : parution de Mémoires de deux jeunes mariées en feuilleton dans le journal La Presse.
1842 : parution du roman complet. Il est intégré au livre « Scènes de la vie privée », 1ère partie de La Comédie humaine et est dédicacé à son amie George Sand. Rappelons que G. Sand, dans ses nombreux écrits, prend la défense des femmes. Elle revendique la passion, fustige le mariage et les préjugés d’une société trop conservatrice. Cette dédicace de Balzac, plutôt conservateur, est donc quelque peu provocatrice. G. Sand s’en trouve néanmoins flattée, elle lui répondra : « je suis fière de cette dédicace, car le livre est une des plus belles choses que vous ayez écrite. Je n’arrive pas à vos conclusions, et il me semble au contraire que vous prouvez tout l’opposé de ce que vous voulez prouver. »
Genre : le roman épistolaire n’est plus très à la mode à l’époque de Balzac. But : entrer dans l’intimité de deux personnages féminins, dans leurs sentiments (registre lyrique), dans leur raisonnement. Le roman épistolaire renforce le caractère intime de l’expression.
Des romans épistolaires célèbres : Lettres persanes de Montesquieu (XVIIIème siècle), Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos (XVIIIème siècle), La Nouvelle Héloïse de Rousseau.
On peut parler aussi de roman à thèse pour cet ouvrage. En effet, Balzac défend une idéologie et cherche à convaincre son lecteur par le biais d’un récit exemplaire. Le roman évoque deux jeunes filles qui suivent deux trajectoires opposées et la morale de l’histoire (lettre 57) invoque l’importance de se soumettre à la raison, y compris dans le cadre du mariage. Pour Balzac, le mariage et la famille sont les fondements de la société.
Ce récit s’inspire d’une partie de la vie de Balzac, notamment du sort de ses deux sœurs : Laure, l’ainée, fait un mariage de raison avec un ingénieur, tâchant d’aider dans sa carrière un mari assez médiocre. Laurence, la plus jeune, meurt à 23 ans, minée par les chagrins d’amour que lui fait vivre son époux plus fantasque. La maternité et la famille sont importantes pour Balzac.
Code civil, code Napoléon : instauré par l’empereur Napoléon Ier en 1804. Ce code fait régresser le droit des femmes. Napoléon restaure la domination du père et de l’époux au sein de la famille. La femme ne peut accomplir aucun acte juridique sans l’accord du mari, ni administrer ses propres biens. Renée semble avoir parfaitement intégré ce code : « Toute femme mariée apprend à ses dépens les lois sociales qui sont incompatibles en beaucoup de points avec celles de la nature. (…). La loi naturelle et le code sont ennemis, et nous sommes le terrain sur lequel ils luttent. » (lettre 18).
Mariage d’amour = retour à un état de nature (sensualité, passion, désir…).
Mouvements littéraires : romantisme et réalisme.
Le romantisme : se caractérise par ce que Musset appelle le « mal du Siècle ». Il s’oppose à la rigueur classique du XVIIème siècle et au rationalisme des Lumières. Retour du lyrisme (=registre littéraire), de l’expression des sentiments personnels, importance du JE, sens de la poésie.
Les romantiques sont souvent engagés dans la vie politique comme Alphonse de Lamartine.
Mots-clés : importance du moi, lyrisme (=expression des sentiments personnels), amour, mort, contemplation de la nature…
Peintres : Eugène Delacroix, Géricault.
Musique : Berlioz, Gounod, Chopin, Liszt.
Le réalisme : Balzac veut se faire le « secrétaire de l’Histoire » et parler fidèlement des mœurs de son époque. La Comédie humaine vise à présenter une peinture fidèle de la société allant de la Révolution jusqu’à la Monarchie de Juillet.
Le réalisme, en tant que mouvement littéraire, ne sera théorisé qu’en 1857 par Champfleury dans son ouvrage Le Réalisme. Représenter toute la réalité sociale, y compris les classes pauvres. Balzac cherche le détail vrai et se documente comme un historien. Il propose une description minutieuse des hommes et de leur façon d’agir en société. Les personnages de Balzac incarnent des types sociaux : Louise est une aristocrate parisienne, tandis que Renée est une bourgeoise de province. « Je suis un docteur en sciences sociales », dira Balzac.
Peintre:Gustave Courbet
II-Résumés du roman
-Résumé bref du roman
Louise et Renée sont deux femmes fraichement sorties du couvent qui découvrent l’amour et le mariage. Louise, de tempérament passionné, retrouve sa famille à Paris et fait la connaissance du mystérieux Felipe Henarez. Renée, plus réfléchie, fait le choix d’un mariage de raison en Provence. La correspondance des deux amies permet de confronter deux visions très différentes du mariage, l’une privilégiant la force des sentiments, l’autre considérant que la maitrise de soi et la raison sont les clés du bonheur. Renée parviendra à s’épanouir, grâce à sa famille, tandis que Louise succombera à sa passion.
-Résumé plus long :
Les lettres commencent en septembre 1823. Après sa sortie du couvent, Louise décrit son arrivée à Paris (lettre 1). Renée, en octobre 1823, décrit la famille de son futur mari et son projet de fonder une famille (lettre 5). Louise raconte sa rencontre avec Felipe (lettre 8). Renée finit par se marier avec Louis de l’Estorade (lettre 9, décembre 1823). Louise de Chaulieu oppose l’amour au mariage, puis, elle raconte la venue de Felipe, le soir, sous sa fenêtre (lettre 15). Renée pense que la maternité permet à la femme de s’épanouir (lettre 20, mai 1824). Felipe se dit l’esclave de Louise et lui exprime sa soumission par amour. Les deux amants (Louise et Felipe) finiront par se marier (lettre 26, mai 1825). Renée est enceinte, elle décrit son état et fait l’éloge du dévouement, puis elle s’inquiète que Louise n’éveille par son bonheur trop parfait la colère de Dieu (lettre 28). Louise annonce sa visite en avril et évoque son désir de mourir à 30 ans. (lettre 30).
En mars 1826, les deux femmes vont se revoir après 2 ans d’éloignement. Mais Louise va partir très vite de chez Renée, car elle est jalouse de la relation que Renée a nouée avec son mari Felipe. Renée aura un deuxième enfant : Jeanne-Athénaïs (dont elle parle dans la lettre 42).
Macumer (Felipe) est mort, Louise est triste et demande à Renée de venir la consoler. Plus tard, Louise annonce qu’elle va se marier à Marie Gaston, elle évoque sa passion pour cet homme. Avec le temps, elle devient jalouse, en observant la mystérieuse attitude de son mari. Louise annonce sa mort prochaine et fait ses adieux à Renée (lettre 54). L’Anglaise que va trouver Marie Gaston n’est autre que la maitresse du frère de Marie Gaston (lettre 56). Mais Louise ne parvient pas à guérir de sa maladie (elle allait la nuit se placer devant l’étang pour attraper froid) et elle meurt en délirant et en chantant de l’opéra (lettre 57). Elle meurt à 30 ans, comme elle l’avait voulu : « jeune, belle, tout entière ». Au moment de mourir, Louise reconnaît que la passion n’est pas une bonne chose et que Renée avait raison : « Mon cher docteur en corset a raison : le mariage ne saurait avoir pour base la passion, ni même l’amour. »
III-Parcours associé : raison et sentiments
1)Raison : faculté de pensée, de jugement. Dépend en partie de notre volonté. Quelques mots qu’on pourrait associer à celui-ci : bon sens, sagesse (=modération et prudence dans ses choix), mesure (retenue, tempérance), lucidité (clairvoyance, perspicacité), principes (règles, convictions morales), jugement (capacité à exercer correctement son sens du discernement. Ex : différenciation bien et mal…).
Renée cherche un bonheur raisonnable, en vivant avec un mari qu’elle estime, mais qu’elle n’aime pas vraiment. Son bonheur est basé sur la famille et sur une certaine réussite sociale. La raison peut être ennemie du sentiment. Elle peut s’en méfier, refuser de se laisser aller aux sentiments. Elle refuse la passion et ses désordres. La raison peut faire l’analyse des sentiments, des émotions, de nos états affectifs.
2)Sentiments : vient du verbe « sentir ». En amour, il s’agit de l’inclination éprouvée pour un être. Les sentiments, quant à eux, échappent à notre jugement. Mots qui pourrait lui être associé : amour, affectivité, émotion, passion (amour violent et exclusif), sensations (au niveau du corps), sensibilité.
Louise ne vit que par les sentiments, la passion dont elle fait l’éloge partout, sauf à la fin. Elle mourra d’amour à la fin du roman.
Louise représente l’expression de la passion. Elle défend un sentiment étranger à la raison. L’amour fou est ainsi appelé, car il est d’une intensité extrême. Rien ne compte en dehors de lui. La passion peut amener des troubles du coeur et de la raison. Le sentiment peut se révéler plus éphémère que la raison.
L’intitulé du parcours évoque le roman de Jane Austen Raison et sentiments, paru en 1811. C’est un roman d’éducation sentimentale dont la leçon reste intemporelle. Il expose la vie de deux sœurs : Marianne est sentimentale, quand sa sœur Elinor est « sensée ». De même, dans le roman de Balzac, Renée incarne la Raison, quand Louise se situe plutôt du côté de la passion : « De nous deux, je suis un peu la Raison comme tu es l’imagination ; je suis le fol Devoir comme tu es le fol Amour » (lettre 36 de Renée à Louise).
Résumé de Raison et sentiments de Jane Austen : L’histoire suit les sœurs Dashwood : Elinor et Marianne, qui incarnent respectivement la raison et les sentiments. Après la mort de leur père, elles sont contraintes de quitter leur maison familiale et de s’installer dans un cottage du Devonshire, avec leur mère et leur jeune sœur. Leur demi-frère, influencé par son épouse égoïste, les prive d’une grande partie de leur héritage, les plongeant dans une situation financière précaire.
Elinor (la raison) cache ses propres émotions, notamment son amour pour Edward Ferrars, un homme déjà secrètement fiancé à une autre femme. Marianne (les sentiments) tombe éperdument amoureuse de John Willoughby, un séducteur qui l’abandonne pour une héritière plus riche. Les deux sœurs traversent des épreuves amoureuses et sociales, apprenant à concilier cœur et pragmatisme.
Leçons à retenir de ce roman : Jane Austen explore dans Raison et Sentiments les dangers des excès, qu’ils soient ceux de la raison froide ou de la sensibilité débridée. À travers les parcours d’Elinor et Marianne, elle montre que l’équilibre entre le cœur et l’esprit est la clé du bonheur. Le roman est aussi une critique acerbe des conventions sociales de l’époque, notamment en matière d’héritage, de mariage et de statut des femmes.
Lien vers une vidéo de la présentation du livre par François Busnel (La Grande librairie) : https://www.youtube.com/watch?v=FtiF9qUlcyc