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Avatar III, entretien avec James Cameron

27 Décembre 2025 , Rédigé par Christelle Bouley

Aujourd'hui en France
Edition Principale
dimanche 21 décembre 2025 960 mots, p. AUJM30

« Nous vivons désormais dans un monde de science-fiction »

« avatar 3 »| Le réalisateur de « De feu et de cendres », James Cameron, commente pour nous le démarrage canon que le film a réalisé en France. Et revient sur le sens de ce nouvel opus.

Renaud Baronian

 

 

 

 

« Nous sommes bien à New York ? », demande James Cameron à son assistante. Il sort d'un marathon de promotion du troisième volet de sa saga « Avatar », et, depuis la côte Est des États-Unis, nous avoue être « jet-lagué ». On le joint par Zoom vendredi, jour de la sortie américaine du film qui a réalisé, mercredi, un démarrage record en France avec 273 370 entrées.

Votre nouvel « Avatar » a réalisé, mercredi, le meilleur démarrage de l'année en France... Vous êtes heureux ?

JAMES CAMERON. Bien sûr ! J'avoue que le fait de lancer l'avant-première européenne du film à Paris n'était pas innocent : le public français aime le cinéma et semble apprécier la saga « Avatar ». Les premiers scores sont toujours importants dans le monde entier, mais je tiens particulièrement à la France : vos cinéastes ont toujours apprécié mes films, et j'ai toujours eu des discussions passionnantes avec eux mais aussi avec vous, journalistes, et avec les fans.

Vous avez pris de nouvelles directions avec le scénario de « De feu et de cendres », en rendant le tableau plus sombre...

Je souhaitais introduire de l'ambiguïté dans cet univers, montrer que tous les humains ne sont pas forcément méchants, et que les Na'vis ne sont pas forcément tous paisibles. Cette tribu du Peuple des cendres s'est détournée de ses connexions avec la nature. C'est une métaphore de ce qui nous arrive actuellement : nous avons pour ainsi dire perdu notre grâce, abandonné beaucoup de nos idéaux, en embrassant une civilisation moderne dédiée à l'industrie technologique. Par ailleurs, je souhaitais creuser la psychologie de la perte et des traumatismes, montrer quelles conséquences cela peut avoir sur l'avenir de ceux qui les subissent.

Vous avez tout de même conservé les aspects poétiques et merveilleux de la planète Pandora, notamment à travers le personnage de Kiri, joué par Sigourney Weaver...

Effectivement, ce qui m'a valu de passer beaucoup de temps sur ce personnage. Kiri est confrontée à des problèmes d'identité, ce qui arrive à beaucoup d'ados. Mais je n'ai pas dévoilé tous les mystères qui l'entourent, je garde ça pour les prochains films.

« Avatar 3 », c'est plus de trois heures d'une expérience de cinéma immersif en 3D. Avez-vous amélioré les aspects visuels grâce aux évolutions techniques de la Performance Capture ?

Nous travaillons constamment à faire évoluer la Performance Capture (qui enregistre mouvements du corps, expressions du visage et voix du comédien). Dans un seul but : parvenir à retranscrire le plus fidèlement ce que les comédiens jouent sur le tournage. Si on prend le personnage de la méchante, Varang, interprété par Oona Chaplin, on voit tous les détails de ses expressions faciales, de ses regards, en images numériques, et je souhaitais vraiment atteindre ce niveau de fidélité par rapport à ce qu'elle a livré sur le tournage. Mais le plus compliqué a résidé dans le personnage de Kiri, 14 ans, à cause de sa différence d'âge avec Sigourney Weaver qui, elle, a 76 ans. J'ai dû recréer une Sigourney adolescente, et j'ai été aidé par le fait que j'ai tourné « Aliens » avec elle alors qu'elle était bien plus jeune. Créer Kiri fut un grand défi pour nous deux.

Vous êtes l'un des premiers à nous avoir alertés, dès 1984 avec « Terminator », sur les dangers de l'intelligence artificielle. Comment vivez-vous les développements massifs actuels de cette technologie ?

Mon opinion n'a pas changé d'un iota sur les dangers des super-intelligences artificielles, en particulier lorsqu'elles sont connectées à des systèmes d'armement. Je constate qu'on a basculé de la science-fiction vers la réalité. Tout ce qui était décrit dans le film arrive à grands pas. D'ailleurs, j'écris actuellement le scénario d'un nouveau « Terminator », et j'ai du mal car je suis sans cesse dépassé par ce qui se passe dans la réalité. Pour dire les choses autrement, nous vivons désormais dans un monde de science-fiction !

Vous vous refusez d'utiliser l'IA dans le développement de vos technologies cinématographiques ?

J'ai toujours été clair sur ce sujet : nous n'utilisons pas d'IA sur les films « Avatar ». Je pense que le public souhaite le savoir. Je me refuse à l'utiliser également pour l'aide à l'écriture, l'animation, les décors... Même si je me dis qu'il y aura peut-être à l'avenir des moyens de recourir à l'IA au service d'expressions artistiques. Mais certainement pas en remplaçant des comédiens par des personnages générés en IA : ça, c'est vraiment stupide !

Ressentez-vous la pression du box-office avec cette sortie, peut-elle avoir des répercussions sur l'avenir de votre saga ?

Je suis désormais ouvert à des moyens différents pour envisager de faire des films. Il faut regarder si le business model actuel va perdurer : nous avons dépensé beaucoup d'argent pour ce film, pour payer les 3 000 personnes talentueuses qui y ont travaillé à tous les échelons, et cela me va très bien tant que nous gagnons au moins autant d'argent avec les entrées. Mais la fréquentation a baissé de 30 % au fil des années. Si cela baisse encore, nous ne pourrons plus avoir les moyens de produire ainsi des films tels qu'« Avatar », « Dune », « Wicked »... Mais si on reste à ce niveau de fréquentation et qu'en plus on parvient à dépenser moins d'argent lors de la production, nous continuerons. J'en parle d'autant plus librement que les scénarios des deux ultimes volets de ma saga sont écrits.

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