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Quel est l'origine de l'Atlantide de Platon? (magazine Mythologies N°63)

31 Janvier 2026 , Rédigé par Christelle Bouley

 

Quelle est l'origine de l'Atlantide de Platon ?

L'Atlantide est une île mythique évoquée par Platon dans deux de ses Dialogues, le Timée puis le Critias. Comment expliquer le destin funeste de cette île superbe et mystérieuse, située après les Colonnes d’Héraclès, dont Platon nous fait le récit ?

   Au début du Timée (17c-27c) et dans le Critias (106a-121c), Platon se joue de son lecteur premier à parler de l’Atlantide. Il propose aussi un pastiche des historiens Thucydide et Hérodote, des poètes Homère et Hésiode. Le récit raconte donc la guerre victorieuse que mène l’Athènes ancienne contre l’Atlantide, est un pastiche pseudo-historique, qui mêle habilement vérité évènementielle et fiction littéraire. La transmission, lit-on, en fut conservée par écrit pendant 8 000 ans dans un temple égyptien de Saïs. En réalité, Platon invente un genre nouveau, le mythe philosophique. Il fait référence à des éléments fondamentaux, présents dans les mythes traditionnels, tout en fabriquant un discours, qui a sa part d’artificiel et de parodique, et qui contient une force argumentative et une légitimité théorique.

    À quoi tient l’efficacité d’un mythe, sa puissance, son habileté ou même sa ruse à nous convaincre ? D’après Luc Brisson, la force du mythe repose sur « sa force émotive, présentée par Platon comme l’effet d’un charme, d’une incantation, ou plus simplement d’une persuasion que suscite le plaisir procuré par la communication du mythe », explique-t-il, dans Platon, les mots et les mythes.

PERVERSITÉ DE PLATON

  L’historien Pierre Vidal-Naquet parle même de la « perversion bien commune » de Platon dans L’Atlantide, petite histoire d’un mythe platonicien : si le récit  de l’Atlantide n’est qu’une fiction poétique, Platon multiplie les effets de réel. De source égyptienne, l’information est ensuite transmise à l’oral par Solon à Critias l’Ancien, puis à son petit-fils homonyme, enfin à Timée, Hermocrate et Socrate. Pas moins de quatre canaux de diffusion !

  Rappelons le contexte : Platon est né dans une famille aisée et influente d’Athènes, en 427 av. J.-C. À son époque, la cité est sombrement engagée depuis quatre ans dans une guerre éprouvante contre Sparte. Athènes perd en 404 av. J.-C. Dans la cité vaincue, Platon, d’origine aristocratique, rejette la carrière de gouvernant et choisit la philosophie. Privilégiant le discours de la raison sur l’opinion ou la croyance, il veut améliorer le vivre-ensemble des citoyens. Il conseille les dirigeants et le fait deux fois en Sicile. Lorsque le Timée et le Critias sont écrits, en 355 av. J.-C., Athènes a renoncé à sa gloire d’autrefois : la fin des guerres médiques marque le l’échec du gouvernement athénien.

   Or, dans la guerre qui oppose l’Atlantide à Athènes, la première a de nombreux soldats, la force navale et le désir de conquête, la seconde une excellente constitution et vingt mille citoyens valeureux. D’un côté, l’Atlantide de Poséidon, de l’autre Athènes d’Athéna. Située au-delà du détroit de Gibraltar, l’île de l’Atlantide possède la Libye et l’Italie du nord, et vise l’Égypte, la Grèce et le monde méditerranéen (Timée). Entre l’idéal et le réel s’interpose le mythe.

Utopie négative

    La richesse de l’Atlantide est illimitée : ressource agricole et minière, possession en grande quantité du célèbre orichalque, « métal plus précieux après l’or » (Critias), animaux sauvages et domestiques, nourritures et fruits que « l’île produisait vigoureux, superbes et en quantité inépuisable » (Critias). Cette abondance fabuleuse fait penser au paradis. Issus des couples de jumeaux de Poséidon et Clito, les dynasties royales ont construit de magnifiques palais, canaux, ports et enceintes, « pour donner à leur ouvrage beauté et dimensions dont la seule vue frapperait de stupeur » (Critias). L’éclat sublime de l’Atlantide rappelle les jardins suspendus de Babylone, une des sept merveilles du monde antique. L’art et la technique y offrent un meilleur accès à l’épanouissement vers la mer extérieure. Sur le plan politique, le régime qui préside à la cité des Atlantes est une mystérieuse monarchie, unie par un serment secret. Mais l’utopie positive se retourne. L’Atlantide, « empire vaste et merveilleux » (Timée), chute par son rêve de domination : ayant réduit en esclavage les autres territoires, elle est vaincue par Athènes. Le Timée conclut sur les déluges et tremblements, qui, « en un seul jour et une seule nuit funestes », précipitent l’armée d’Athènes sous la terre et l’île de l’Atlantide sous la mer. De son côté, le dialogue inachevé du Critias s’interrompt au moment où Zeus propose à l’assemblée de l’Olympe la destruction de la grande île :« Zeus, voyant la corruption déplorable de cette race autrefois vertueuse, résolut de la punir pour la rendre plus sage et plus modérée. Dans ce dessein, il rassemble tous les dieux et leur dit… » « Le dialogue s’arrête là. La suite est perdue. Par son récit de la guerre entre l’Atlantide et Athènes, Platon anticipe Jules Verne et la science-fiction.

Le Timée, dialogue politique ou cosmologique ?

   Le début du Timée traite de l’Atlantide car Platon cherche à fonder la constitution idéale de la cité, en opposant à l’Athènes ancienne, modèle et paradigme, à l’ Athènes réelle, en difficulté contre Sparte. Face au monde sensible, Platon déploie sa cosmogonie mathématique, sur l’origine de l’univers, et l’éthique anthropologique, sur l’idéal grec de l’excellence humaine. L’harmonie et la mesure résident dans un au-delà du sensible, l’âme, seule vraie réalité.

Aliocha Wald Lasowski

Article tiré de Mythologies N°63, janvier-février-mars 2026, « L’Atlantide, civilisation perdue ou mythe éternel ? »

 

 

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